—Et toi, tu es depuis longtemps ici?

—Moi? depuis dimanche; on m'a tiré de l'hôpital.

—Tu es donc soldat?

—Soldat du régiment d'Apchéron. Je me mourais de la fièvre: on ne nous avait rien dit! Nous étions là vingt camarades couchés et ne sachant rien de rien.

—Eh bien, tu t'ennuies ici maintenant?

—Comment ne pas s'ennuyer? On m'appelle Platon Karataïew, dit-il, afin de rendre la conversation plus facile entre Pierre et lui, et les camarades m'ont surnommé «le Petit Faucon».... Comment ne pas être triste? Moscou est la mère de toutes les villes! Mais dites-moi, bârine, vous avez sans doute des terres et une maison, votre verre doit être plein... vous avez aussi une femme peut-être?... Et les vieux parents, sont-ils vivants?»

Quoique Pierre ne le vît pas, il sentait que son interlocuteur lui souriait amicalement, tant il lui parut chagrin en apprenant qu'il n'avait pas de parents, surtout pas de mère!

«La femme pour le bon conseil, la belle-mère pour le bon accueil... mais rien ne remplace la vraie mère! Et des enfants, en as-tu?»

La réponse négative de Pierre lui fit de la peine, et il hâta d'ajouter:

«Vous êtes jeunes tous deux, le bon Dieu vous en donnera, vivez seulement en bonne intelligence.