Après avoir causé quelques instants avec l'essaoul au sujet de l'attaque projetée pour le lendemain, Denissow retourna sur ses pas.

«Maintenant, mon ami, dit-il à Pétia, allons nous sécher.»

En approchant de la maison du garde, Denissow s'arrêta, et plongea son regard dans la forêt. Il vit venir à lui entre les arbres, marchant à grandes enjambées, un homme juché sur de longues jambes, les bras ballants, en jaquette courte, en chaussure de tille, en bonnet tatare, un fusil sur l'épaule et une hache à la ceinture; à sa vue, cet homme jeta avec précipitation quelque chose dans le fourré, et, ôtant son bonnet mouillé, s'approcha de lui: c'était Tikhone. Sa figure fortement grêlée et ridée, ses yeux bridés, rayonnaient de satisfaction: relevant la tête, il semblait retenir avec peine un éclat de rire.

«Où donc t'es-tu perdu? lui demanda Denissow.

—Où je me suis perdu? J'ai été chercher le Français, répondit-il hardiment d'une voix de basse un peu rauque.

—Et pourquoi as-tu rampé de jour dans le taillis, imbécile, tu ne l'auras pas attrapé?

—Pour l'attraper, je l'ai attrapé.

—Où est-il donc?

—Je l'avais d'abord attrapé comme cela, à l'œil, poursuivit-il en écartant ses grands pieds, et je l'ai mené dans le bois.... Là je vois qu'il ne peut pas convenir, alors je me dis; il faut en prendre un autre qui fera mieux l'affaire.

—C'était donc cela! Ah! le coquin! dit Denissow en s'adressant à l'essaoul.... Pourquoi donc ne l'as-tu pas amené?