—Pourquoi vous l'amener? s'écria Tikhone brusquement, il ne valait rien.... Ne sais-je donc pas ce qu'il vous faut?

—Ah! l'animal!... Et après?

—Après?... je suis allé en chercher un autre... j'ai rampé tout le long du bois et je me suis couché comme cela... et il jeta subitement à terre pour montrer comment il avait fait.... Voilà qu'il s'en trouve un sur mon chemin, je saute sur lui et je l'empoigne, dit-il en se levant vivement, et je lui dis: «Allons, mon colonel!...» Mais voilà-t-il pas qu'il se met à hurler et que quatre hommes se jettent sur moi avec des petites épées; alors voilà que je brandis ma hache de cette façon et je leur dis: «Qu'est-ce que vous faites, au nom du Christ?»

—Oui, oui, nous avons bien vu de la montagne comme ils t'ont donné la chasse à travers le marais.»

Pétia avait grande envie de rire, mais, voyant les autres garder leur sérieux, il fit de même, sans parvenir toutefois à comprendre ce que tout cela signifiait.

«Ne fais pas l'imbécile, dit Denissow d'un air fâché: pourquoi n'as-tu pas amené le premier?»

Tikhone se gratta le dos d'une main, de l'autre la tête, et sa bouche, se fendant en un sourire béatement idiot, laissa voir entre ses dents la brèche qui lui avait valu son nom. Denissow sourit, et Pétia put enfin s'en donner à cœur joie.

«Mais quoi? Je vous ai déjà dit qu'il ne valait rien, il était mal habillé, et grossier par-dessus le marché! Comment, qu'il me dit, je suis moi-même fils de «ganaral», et je n'irai pas!

—Brute! dit Denissow, j'avais besoin de le questionner.

—Je l'ai questionné, moi, reprit Tikhone, mais il m'a dit ne pas savoir grand'chose, et puis, qu'il dit, les nôtres sont nombreux mais mauvais.... Poussez un cri et vous les aurez tous, termina Tikhone en fixant ses yeux d'un air déterminé sur Denissow.