—Et mes enfants feront comme moi, Excellence; avec des maîtres comme vous, on n'a rien à craindre.

—Eh bien, et mes héritiers? demanda Pierre. Si je me mariais, par exemple? Cela peut arriver, n'est-ce pas? ajouta-t-il avec un sourire involontaire.

—Ce serait très bien, si j'ose le dire à Votre Excellence.

—Comme il traite cela légèrement, se dit Pierre. Il ne sait pas combien c'est grave et effrayant.... C'est ou trop tôt ou trop tard!

—Quels sont vos ordres, Excellence? partirez-vous demain?

—Non, dans quelques jours, je t'en préviendrai. Pardonne-moi tout l'embarras que je te donne. C'est étrange, se dit-il, qu'il n'ait pas deviné que je n'ai rien à faire à Pétersbourg, et qu'avant tout il faut que «cela» se décide. Je suis sûr, du reste, qu'il le sait et qu'il fait semblant de l'ignorer.... Lui en parlerai-je? Non, ce sera pour une autre fois.»

À déjeuner, Pierre raconta à sa cousine qu'il avait été la veille chez la princesse Marie, et qu'à sa grande surprise il y avait vu Natacha Rostow. La princesse Catherine parut trouver la chose toute simple.

«La connaissez-vous? lui demanda Pierre.

—Je l'ai vue une fois, et l'on parlait de son mariage avec le jeune Rostow; c'eût été très bien pour eux, puisqu'ils sont ruinés.

—Ce n'est pas de la princesse Marie que je vous parle, mais de Natacha.