«Cheai été malheureux tècha dans le sein de mon mère. Das Unglück verfolgte mich schon im schoosse meiner Mutter,» répéta-t-il avec encore plus d'emphase.
Karl Ivanovitch m'a tant de fois depuis raconté son histoire, dans le même ordre, en employant les mêmes expressions, avec les mêmes intonations, que j'espère pouvoir la rendre ici mot à mot; il va sans dire que j'omettrai les incorrections de langage dont j'ai donné un échantillon dans la première phrase de son récit.
Était-ce son histoire véritable ou l'œuvre de son imagination, enfantée dans la solitude de son existence, quand il vivait avec nous à la campagne, et à laquelle il avait fini par croire lui-même à force de la répéter? Ou bien, s'est-il contenté de broder les faits réels de sa vie et d'y ajouter des épisodes fantastiques? Je ne sais pas encore maintenant à quoi m'en tenir là-dessus. D'un côté, il racontait son histoire avec une émotion vraie et un ordre méthodique, deux signes qui semblent attester son authenticité et ne permettent pas de la mettre en doute; mais, d'un autre côté, il y avait beaucoup de traits poétiques dans ce récit, et ces fleurs de rhétorique éveillent en moi quelque doute.
Quoi qu'il en soit à cet égard, voici ce qu'il m'a raconté:
«Dans mes veines coule le sang noble des Sommerblatt! J'avais un frère cadet qui s'appelait Johann; mais j'ai vécu comme un étranger dans ma famille. Quand mon frère Johann faisait des sottises, mon père disait: «Ce Karl ne laisse jamais personne en repos.» Et c'est moi qu'on grondait, et c'est moi qui recevais les coups.
«Quand mes sœurs se querellaient, papa disait: «Ce Karl ne sera jamais obéissant,» et de nouveau j'étais grondé et battu.
«Ma bonne mère était la seule personne qui m'aimât et dont je reçusse des caresses. Elle m'embrassait en cachette. Un jour elle me dit:
«Pauvre, pauvre Karl! personne ne t'aime; mais moi, je ne te changerais contre personne. Ta mère ne te demande qu'une chose: travaille bien, sois toujours un honnête homme, et Dieu ne t'abandonnera pas!»
«Et je travaillai! Quand j'eus quatorze ans révolus et que le moment fut venu de faire ma première communion, ma mère dit à mon père:
«Karl est maintenant un grand garçon; Gustave, que ferons-nous de lui?