Enfin, un dimanche, il y eut une grande réunion, après le dîner, dans la chambre de grand'mère. Tous nos maîtres et deux professeurs de l'Université firent subir à Volodia une répétition de son examen d'admission; Volodia, à la grande joie de grand'mère, fit preuve de connaissances peu ordinaires.

On me posa aussi quelques questions sur différentes branches; mais je fus très faible dans mes réponses, et les professeurs firent tout leur possible pour dissimuler à grand'mère mon ignorance, ce qui n'aboutit qu'à augmenter ma confusion.

D'ailleurs on m'accorda fort peu d'attention, je n'avais que quinze ans, et il me restait encore une année pour me préparer à l'examen de l'Université.

A dater de cette première épreuve, Volodia change de manière de vivre; il ne descend que pour le dîner. Il passe la journée et la soirée entières à étudier en haut, non par nécessité, mais parce que c'est son plaisir. Il a beaucoup d'ambition et ne veut pas se contenter de faire un examen passable; il veut s'en tirer avec éclat.

Enfin, le jour de son premier examen est arrivé. Volodia revêt un habit bleu orné de boutons de bronze; il a sa montre d'or et des bottes vernies; le phaéton de mon père l'attend devant le perron. Nicolas jette en arrière le tablier de cuir, et Volodia et Saint-Jérôme montent en voiture.

Les jeunes filles, Katienka surtout, suivent de la fenêtre, d'un air ravi, la svelte personne de Volodia qui prend place dans l'équipage. Papa dit: «Que Dieu l'accompagne!» Grand'mère, qui s'est traînée jusqu'à la croisée, fait des signes de croix sur le phaéton, jusqu'à ce qu'il ait disparu dans la ruelle, et murmure quelque chose.

Volodia revient. Tout le monde le questionne à la fois avec impatience:

«Comment?... Bien?... Quelle note as-tu?»

Mais on peut lire déjà sur son joyeux visage que tout s'est bien passé. Volodia a obtenu cinq (le maximum).

Le lendemain il retourne à l'Université accompagné des mêmes craintes, des mêmes vœux, et on attend son retour avec la même impatience.