Neuf jours passent ainsi; le dixième, Volodia doit traverser l'épreuve la plus difficile, le catéchisme. Tout le monde est à la fenêtre, et on l'attend avec un redoublement d'impatience.

Il est déjà deux heures, et le phaéton n'apparaît pas.

«Les voilà! les voilà!» crie enfin Lioubotchka qui ne bougeait pas de son poste d'observation.

En effet Volodia était assis dans le phaéton, à côté de Saint-Jérôme; mais son habit bleu et sa casquette grise sont remplacés déjà par l'uniforme d'étudiant au col bleu brodé de galons; sa tête est coiffée d'un tricorne, et il a une épée au côté.

En l'apercevant, grand'mère s'écria:

«Ah! si au moins elle avait vécu pour le voir ainsi.»

Et elle s'évanouit.

Volodia accourut le visage rayonnant, il m'embrassa plusieurs fois, puis il embrassa Lioubotchka, Mimi et Katienka qui rougit jusqu'aux oreilles.

Volodia est hors de lui de bonheur. Comme il est beau dans cet uniforme! Comme ce col bleu fait ressortir le duvet naissant qui souligne ses lèvres! Quelle taille fine et haute! et quelle noblesse dans la démarche!

Pour fêter ce jour mémorable, le dîner eut lieu dans la chambre de grand'mère. La joie brillait sur tous les visages; au dessert, le maître d'hôtel apporta majestueusement, avec une gaieté respectueuse, une bouteille de champagne enveloppée dans une serviette. C'était la première fois qu'on débouchait une bouteille de champagne chez grand'mère depuis la mort de maman; grand'mère vida son verre, félicita encore une fois Volodia et pleura de joie en le regardant.