Lioubotchka se tient toujours droite lorsqu'elle est assise et marche les bras pendants; Katienka tient la tête un peu de côté et marche les mains jointes.

Lioubotchka est toujours mécontente lorsque Mimi la serre trop dans son corset et se plaint en disant: «Mais je ne peux pas respirer!» et elle aime à manger. Katienka, au contraire, glisse souvent son doigt sous le col de sa robe pour montrer qu'elle est au large dans son corsage, et elle mange très peu.

Lioubotchka dessine volontiers la tête; Katienka préfère les fleurs et les papillons.

Lioubotchka joue avec beaucoup de netteté les concertos de Field et quelques sonates de Beethoven. Katienka exécute des variations et des valses en ralentissant la mesure, plaque des accords, met sans cesse la pédale et prélude toujours par trois arpèges qu'elle donne avec sentiment.

Malgré tout, Katienka me semblait plus grande demoiselle et m'agréait mieux que Lioubotchka.

Papa est très content depuis que Volodia est entré à l'Université; il vient beaucoup plus souvent dîner chez grand' mère.

Il lui arrive même de venir passer un moment avec nous avant d'aller au cercle; souvent il s'assied au piano, nous réunit autour de lui, et, tout en frappant la mesure avec le bout de ses bottes molles (il détestait les talons et n'en portait jamais), il nous chante des airs bohémiens.

Il fallait voir les transports de rire de Lioubotchka. Elle est la favorite de papa, et elle l'adore.

Parfois il vient dans la salle d'étude et, d'un air sévère, écoute comment je débite mes leçons.

Quelquefois, lorsque grand'mère commence à gronder et à se fâcher contre tout le monde, sans raison, papa nous fait des signes à la dérobée et nous dit plus tard: «On nous a bien arrangés aujourd'hui, mes enfants!»