—Il y en a tant que tu en veux à la caisse.
—Attends, je reviens à l'instant,» répondit Volodia évasivement, et il sortit de la chambre en remontant une épaule.
Je savais que Volodia avait grande envie de répondre à l'appel de Doubkof et qu'il refusait uniquement parce qu'il n'avait pas d'argent.
Je savais qu'il était sorti pour se faire donner un acompte sur sa pension du mois prochain.
«Bonjour, diplomate,» me dit Doubkof en me tendant la main.
Les amis de Volodia m'appelaient ainsi parce qu'un jour, après le dîner, feu ma grand'mère avait dit en parlant de l'avenir de ses petits-fils, que Volodia serait un officier et moi un diplomate avec l'habit noir et la coiffure à la coq, inséparables de la dignité diplomatique, à ce que croyait mon aïeule.
«Où Volodia est-il allé? me demanda Neklioudof.
—Je ne sais pas, répondis-je en rougissant à l'idée qu'ils devineraient pourquoi Volodia avait disparu.
—Il n'a pas d'argent, n'est-ce pas? Eh!... diplomate? ajouta-t-il avec assurance en pénétrant mon sourire.... Mais, moi non plus, je n'ai pas d'argent ... et toi, en as-tu, Doubkof?
—Nous allons voir, dit Doubkof en sortant sa bourse avec un air malin et en faisant mine de promener dedans ses doigts courts et remuants de la menue monnaie; voici cinq kopeks; en voici vingt ... et puis ... plus rien!» dit-il en faisant un geste comique de la main.