Chose étrange, lorsque nous étions seuls, nous pouvions rester des heures entières sans échanger un mot; mais il suffisait de la présence d'un tiers, même silencieux, pour que la conversation la plus intéressante et la plus variée s'établît entre nous.
C'est que, livrés à nous-mêmes, nous sentions que nous nous connaissions trop bien; se connaître trop ou pas assez est également nuisible à l'intimité.
Je lisais depuis un moment, lorsque la voix de Doubkof retentit dans l'antichambre:
«Volodia est-il chez lui?
—Il est chez lui!» répondit Volodia en retirant ses pieds du divan et en posant son livre.
Doubkof et le prince Neklioudof entrèrent dans la chambre avec leurs manteaux et leurs chapeaux.
«Eh bien! est-ce que nous allons au théâtre, Volodia?
—Non, je n'ai pas le temps, répondit mon frère en rougissant.
—Quel prétexte! allons, viens, je t'en prie!
—Mais je n'ai pas de billet.