«Imaginez-vous, mon cousin, ce qu'il a inventé ces jours-ci?»

Et, se penchant vers l'oreille de mon père, elle se mit à lui raconter quelque chose d'un ton très animé. Quand elle eut terminé son récit, que je n'ai point entendu, elle se mit à rire, et, regardant mon père d'un air interrogateur, elle dit:

«Quel garçon, mon cousin! Il aurait mérité d'être fouetté; mais cette malice était si spirituelle et si amusante, que je lui ai pardonné.» Et, tout en portant ses regards sur grand'mère, la princesse se mit à rire sans mot dire.

«Est-ce que vous battez vos enfants, ma chère? demanda grand'mère en soulevant les sourcils d'une manière expressive et en insistant sur le mot battez.

—Ah! ma bonne tante, répondit la princesse d'une voix doucereuse, en lançant un regard furtif sur mon père, je connais votre opinion sur ce sujet. Permettez-moi, sur ce seul point, de ne pas être de votre avis. J'ai beaucoup réfléchi là-dessus, beaucoup lu, beaucoup consulté; mais l'expérience m'a convaincue de la nécessité d'agir sur les enfants par la crainte.... Pour venir à bout d'un enfant il n'y a que la crainte ... n'est-ce pas, mon cousin? Et je vous demande un peu qu'est-ce que les enfants craignent plus que la verge?»

En prononçant ces mots, elle nous regarda interrogativement, et, je l'avoue, je me sentis mal à l'aise en ce moment.

«Vous avez beau dire, continua-t-elle, mais un garçon de douze et même de quatorze ans est encore un enfant ... pour une fille c'est autre chose....»

Je pensai en moi-même:

«Quel bonheur que je ne sois pas son fils!

—Oui, c'est fort bien, ma chère, dit grand'mère en repliant mes vers, et en les mettant sous la boîte, comme si, après cette déclaration, elle ne trouvait plus que la princesse fût digne de les entendre, c'est bien; mais dites-moi, je vous prie, quels sentiments délicats pouvez-vous attendre de vos enfants après cela?»