[CHAPITRE XV]

VOYAGE EN BRITCHKA

De nouveau, deux voitures attendent devant le perron de notre maison à Pétrovskoë: l'une est un carrosse dans lequel Mimi, Katienka, Lioubotchka et une femme de chambre prennent place, et Iakov, notre intendant, lui-même, s'installe sur le siège; l'autre véhicule est une britchka où je m'assieds à côté de Volodia. Le valet, Vassili, nous accompagne; c'est un serf récemment enlevé aux travaux des champs, pour être employé au service de la maison.

Mon père, qui doit nous rejoindre à Moscou quelques jours plus tard, est debout sur le perron, tête-nue, et fait des signes de croix sur le carrosse et la britchka.

«Eh bien! que le Seigneur soit avec vous! crie-t-il, en route!»

Iakov et les cochers ôtent leurs chapeaux et se signent, (cette fois nous voyageons avec nos propres chevaux).

«Hue, hue, allez, avec l'aide de Dieu!» crient-ils pour exciter leurs bêtes.

Le carrosse et la britchka commencent à sursauter sur la route inégale, et les bouleaux de la grande avenue courent devant nous l'un après l'autre.

Je ne ressens aucune tristesse; je suis tout entier, non à ce que je quitte, mais à ce qui m'attend. A mesure que je m'éloigne des objets auxquels se rattachent les douloureux souvenirs qui ont hanté mon imagination jusqu'à ce jour, ces réminiscences perdent de leur vivacité et font place à une joyeuse conscience de vie toute débordante de force, de fraîcheur et d'espérance.