Le mensonge, le vol, les voluptés de toutes sortes, l'ivresse, la violence, le meurtre.... Il n'y a pas de crime que je n'aie commis, et pour tout cela, on me louait, on me comptait et on me compte au nombre des hommes relativement moraux.
Je vécus ainsi dix ans.
Cependant, je commençais à écrire par vanité, par cupidité et par orgueil. Je conformais mes écrits à ma vie.
Pour obtenir la gloire et l'argent pour lesquels j'écrivais, il fallait cacher le bien et montrer le mal. C'est ce que je fis.
Combien de fois me suis-je ingénié à cacher dans mes écrits, sous les dehors de l'indifférence et d'une légère moquerie, même ces aspirations au bien qui étaient le but de ma vie!
J'y parvenais et on me louait.
A vingt-six ans, j'arrivai à Pétersbourg, après la guerre, et je me liai avec les écrivains qui me reçurent comme un des leurs. On me flatta, et je n'eus pas le temps d'y penser que les opinions sur la vie, opinions toutes spéciales à la caste des gens avec lequel je me liai, s'emparèrent de moi et effacèrent bientôt complètement tous mes précédents efforts pour devenir meilleur.
Ces opinions se basaient sur une théorie qui excusait tout le libertinage de ma vie.
Le jugement que mes compagnons de lettres portaient sur la vie consistait en ce que la vie, en général, marche en progressant et que, dans ce développement, nous prenons la part principale, nous—les hommes de la pensée. L'influence prépondérante nous appartient, à nous, artistes et poètes. Notre vocation est d'instruire les hommes.