Je vécus ainsi, m'adonnant à cette folie jusqu'à mon mariage.
Je partis d'abord pour l'étranger.
La vie en Europe et mes rapports avec les hommes du progrès et les savants européens m'affermirent de plus en plus dans ma foi au perfectionnement en général, puisque cette-même croyance je la trouvais chez eux aussi.
Cette croyance prit en moi la forme habituelle, celle qu'elle a chez la majorité des hommes instruits de notre temps. Elle s'exprimait par le mot «progrès».
Il me semblait alors que ce mot exprimait quelque chose.
Je ne comprenais pas encore que, tourmenté comme tout homme vivant par cette question: «Comment faire pour mieux vivre en accord avec le progrès?» je répondais justement ce que l'homme dont la barque est entraînée par les vagues et le vent répondrait à l'unique question qui existe encore pour lui: «Quelle est la route du salut?» Comme lui, en effet, je disais: «Où la fortune nous porte.»
Alors je ne remarquais pas cela.
De temps à autre, pourtant, mon sentiment—je ne dis pas mon esprit—se révoltait contre ce préjugé général de notre temps, derrière lequel les hommes se retranchent quand ils ne peuvent pas donner d'explication à la vie.