Ainsi, pendant mon séjour à Paris, la vue d'une exécution capitale suffit à me montrer la fragilité de ma confiance dans le progrès.

Quand je vis la tête se détacher du corps et tomber avec un bruit lugubre dans le fond du panier, je compris, non pas par l'esprit, mais par tout mon être, qu'aucune théorie de la raison du progrès ne pouvait justifier cette action.

Quand même l'humanité, s'appuyant sur n'importe quelle théorie, aurait trouvé depuis le commencement du monde et trouverait encore ce châtiment nécessaire, moi, je sais qu'il ne l'est pas et que même c'est une action mauvaise. Et quand même les hommes et le progrès voudraient me démontrer que ce châtiment est salutaire et nécessaire, mon cœur à moi en est le juge et le niera toujours.

Une autre circonstance vint me prouver la nullité de la foi dans le progrès: ce fut la mort de mon frère.

Spirituel, bon, sérieux, il tomba malade, étant tout jeune encore. Il souffrit plus d'un an et mourut douloureusement sans avoir compris pourquoi il avait vécu et encore moins pourquoi il mourait.

Aucune théorie ne put venir à l'aide ni à ses questions ni aux miennes pendant sa lente et cruelle agonie.

Mais ceci n'était que de rares occasions de doute.

En réalité je continuais à vivre, pratiquant seulement la foi dans le progrès.

—Tout se développe et je me développe; mais pourquoi je me développe avec tous les autres, nous le verrons plus tard.