Alors j'abandonnai tout et je partis pour le désert, chez les Bashkirs, respirer l'air, boire le koumyss et vivre de la vie animale....

Quand je revins, je me mariai.

L'influence d'une vie de famille heureuse me détourna de toute recherche du sens général de la vie.

Toute ma vie en ce temps-là se concentra sur ma famille, sur ma femme, sur mes enfants.

Ainsi, par conséquence, grandit aussi le souci d'augmenter nos ressources pécuniaires.

Ma première aspiration, celle de me rendre moi-même meilleur, avait fait place déjà auparavant à celle de concourir au progrès général; et maintenant je ne pensais plus qu'à ce qui serait le meilleur pour moi et ma famille.

Ainsi passèrent quinze ans encore.

Bien que je me rendisse compte du vide de la littérature actuelle, je continuais néanmoins à écrire pendant ces quinze ans. Je connaissais déjà l'attraction qu'exercent les lettres; j'avais goûté au plaisir de voir un mince travail si largement récompensé par l'argent et les applaudissements; de nouveau je subis la tentation et je m'y adonnai comme à un moyen d'améliorer ma position matérielle et d'assoupir dans mon âme toutes les questions sur le sens de ma vie à moi et de la vie en général.

J'écrivais, enseignant ce qui était pour moi la seule vérité: qu'il fallait vivre de manière à se rendre soi-même et sa famille le plus heureux possible.