Je cherchais partout et, grâce à ma vie passée dans l'étude et aussi à cause de mes relations avec le monde des savants, les savants de toutes sciences m'accueillirent et ne refusèrent pas de m'ouvrir toutes leurs connaissances, non pas par les livres seulement, mais par des conversations; et ainsi je compris tout ce que la science répond à la question de la vie.
Longtemps je ne pus croire que la science ne réponde rien de plus que ce qu'elle répond. Pendant bien longtemps, en considérant le ton grave et sérieux des sciences exactes, qui ne s'occupent guère du problème de la vie humaine, il me paraissait qu'elles renfermaient quelque chose que je ne comprenais pas.
Pendant longtemps je m'inclinais devant le savoir et je pensais que si les réponses n'étaient pas conformes à mes questions, ce n'était pas la faute de la science, mais celle de mon ignorance. Ce n'était pas une affaire de plaisanterie pour moi, mais la chose sérieuse de toute ma vie et, que je le voulusse ou non, je fus amené à la conviction que mes questions ne sont que des questions légitimes, qui servent de base à tout savoir et que ce ne sont pas elles, non plus que moi, qui sont fautifs, mais la science, si elle a la prétention d'y répondre.
Ma question, celle qui, à cinquante ans, me conduisait au suicide, était des plus simples: elle est dans l'âme de tout homme, depuis l'enfant stupide jusqu'au plus sage vieillard; sans elle, la vie est impossible, comme je l'ai éprouvé moi-même.
Voici en quoi elle consistait:
—Qu'est-ce qui sortira de ce que je fais aujourd'hui? de ce que je ferai demain? Qu'est-ce qui sortira de toute ma vie?
On peut encore la formuler ainsi:
—Pourquoi dois-je vivre? pourquoi dois-je faire quelque chose?
Ou encore autrement:
—Y a-t-il dans la vie un but qui ne se détruise pas par la mort inévitable qui m'attend?