A cette même question diversement exprimée, je cherchai une réponse dans le savoir de l'homme. Et j'ai trouvé que, relativement à cette question, toutes les sciences de l'humanité se divisent, pour ainsi dire, en deux hémisphères aux deux extrémités opposées desquelles se trouvent deux pôles: l'un négatif, l'autre positif; mais que ni à l'un, ni à l'autre pôle, il n'y a de réponse aux questions de la vie.
Toute une série de sciences semblent même ne pas admettre cette question, bien qu'elles répondent clairement et précisément à leurs propres objections: ce sont une série de connaissances expérimentées, et au point culminant se trouvent les mathématiques.
Une autre série de connaissances admettent la question, mais n'y répondent pas: ce sont une série de sciences théoriques, et à leur point culminant se tient la métaphysique.
Depuis ma première jeunesse, les sciences métaphysiques m'intéressaient beaucoup. Dans la suite, les sciences mathématiques et naturelles m'attirèrent aussi, et jusqu'au moment où cette question se posa clairement devant moi, grandissant toujours et exigeant impérieusement une solution, jusqu'à ce temps je me contentais de ce semblant de réponse que la science peut donner.
Ou bien dans le domaine des sciences positives, je me disais:
—Tout se développe, se différencie, marche vers la complication et l'amélioration, et il y a des lois qui guident cette marche. Toi, tu es une partie de l'entier. Ayant compris l'entier autant que possible et ayant compris la loi du développement, tu comprendras aussi ta place dans cet entier, tu te comprendras toi-même.
Malgré toute la honte que me coûte cet aveu, il y a eu un temps où j'avais l'air de me contenter de cela.
Mes muscles grandissaient et se fortifiaient. Ma mémoire s'enrichissait. La capacité de la pensée et de la compréhension s'augmentait. Je croissais et me développais, et, sentant cette croissance en moi-même, il était tout naturel pour moi de croire que c'était justement dans la loi de tout l'univers que je trouverais la solution de ce problème de ma vie. Mais le temps est venu où ma croissance s'est arrêtée. Je sens que je ne me développe plus et même que je me rétrécis. Mes muscles s'affaiblissent. Mes dents tombent, et je sens que cette loi, non seulement ne m'explique rien, mais qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'a pu exister pareille loi, et que j'avais pris pour une loi ce que j'avais trouvé en moi-même pendant un certain temps de ma vie.