Je regardai autour de moi dans un rayon plus étendu.

J'examinai la vie des masses d'hommes passés et celle de mes contemporains. Et je vis que ceux qui avaient compris le sens de la vie et qui savaient vivre et mourir n'étaient pas au nombre de deux, trois, dix, mais qu'ils étaient des centaines, de milliers, des millions.

Et tous, infiniment divers par leur caractère, leur intelligence, leur éducation, leur position, tous connaissaient le sens de la vie et de la mort de la même manière, manière tout opposée à mon ignorance.

Ils travaillaient tranquillement, enduraient les privations et les souffrances, vivaient et mouraient, et dans tout cela voyaient le bien, sans voir la vanité.

Et j'aimai ces gens.

Plus j'approfondissais leur vie, aussi bien celle des vivants que celle des morts, soit que je la connusse par ce que je lisais ou par ce que j'en entendais dire, plus je les aimais et plus il me devenait possible de vivre aussi.

Je vécus ainsi deux années à peu près pendant lesquelles il se fit en moi un changement, qui se préparait depuis longtemps et pour lequel j'avais toujours eu des dispositions.

Il m'arriva, que non seulement la vie de notre monde—des savants, des riches, me dégoûta, mais aussi qu'elle perdit tout sens à mes yeux.

Toutes nos actions, nos délibérations, nos sciences, nos arts, tout m'apparut avec une nouvelle signification.

Je compris que toutes ces choses étaient de charmants passe-temps, mais qu'on ne pouvait y chercher du sens profond, tandis que la vie de tout le peuple qui travaille, la vie de toute l'humanité qui contribue à l'existence, m'apparut dans sa véritable acception.