Je compris que c'est là véritablement la vie, que le sens qu'on donne à cette vie est la vérité et je l'acceptai.
[XI]
Je me rappelais combien ces mêmes croyances m'avaient repoussé et m'avaient paru absurdes, lorsqu'elles étaient confessées par des gens qui vivaient contrairement à ces croyances, et comme elles m'attirèrent et me parurent raisonnables lorsque je vis que les hommes établissaient leur vie sur elles.
Je compris pourquoi j'avais rejeté alors ces croyances et pourquoi je les avais trouvées absurdes, tandis que maintenant elles me semblaient pleines de raison.
Je compris mon égarement et la manière dont il s'était produit. Je m'étais égaré, non pas pour avoir jugé faussement, mais pour avoir mal vécu.
Je compris que la vérité m'avait été cachée, non pas tant par l'erreur de mes pensées que par celle de ma propre vie qui s'était écoulée à satisfaire mes désirs, à suivre mon penchant épicurien.
Je compris que la question de ce qu'était ma vie et la réponse: le mal,—étaient parfaitement correctes.
Ce qui n'était pas correct, c'était que la réponse qui ne s'adressait qu'à moi, je l'avais attribuée à la vie en général. Je me demandais ce qu'était ma vie et je recevais pour réponse: un mal et un non-sens. Et vraiment ma vie—vie d'hypocrisie, de concupiscence, était absurde et méchante et c'est pourquoi la réponse: «la vie est méchante et absurde»,—ne se rapportait qu'à ma vie seule et non pas à la vie humaine en général.