L'Église, comme l'ensemble des croyants réunis par l'amour, et pour cela même possédant la science véritable, cette Église devint la base de ma foi.

Je me disais que la vérité divine ne pouvait pas être accessible à un homme: elle ne s'ouvre qu'à l'ensemble des hommes unis par l'amour. Pour concevoir la vérité, il faut ne pas se séparer; et pour ne pas se séparer, il faut aimer ceux-là même avec lesquels on n'est pas d'accord et se réconcilier avec eux. La vérité s'ouvrira à l'amour et, pour cela, si tu ne te soumets pas aux cérémonies de l'Église, tu violes l'amour et, violant l'amour, tu te prives de la possibilité de connaître la vérité.

Je ne voyais pas alors le sophisme qui se trouve dans ce raisonnement.

Je ne voyais pas alors que l'unité dans l'amour peut donner la plus grande somme d'amour; mais d'aucune manière la vérité divine exprimée par des mots exacts dans le symbole de Nicée. Je ne voyais pas non plus que l'amour ne peut nullement rendre une certaine expression de la vérité obligatoire pour l'union.

Je ne voyais pas alors le défaut de ce raisonnement, et grâce à lui je pus participer à toutes les cérémonies de l'Église grecque, sans en comprendre la plus grande partie. Je tâchais alors de toute mon âme d'éviter tout raisonnement contradictoire et j'essayais d'expliquer aussi sensément que possible ces thèses de l'Église avec lesquelles je me trouvais en contact.

En accomplissant les cérémonies de l'Église, je domptais mon intelligence et je me soumettais à la tradition à laquelle tenait toute l'humanité; je m'unissais à mes ancêtres, à ceux que j'aimais, à mon père, à ma mère. Eux et tous ceux qui avaient vécu auparavant croyaient et vivaient, et m'avaient engendré. Je me réunissais aussi à tous ces millions d'hommes du peuple que je respectais.

Et puis ces actions n'avaient rien de mauvais en elles-mêmes. Ce que je trouvais mauvais, c'étaient les mauvais penchants de se laisser aller à tous les désirs.

Me levant de grand matin pour les services de l'église, je savais que je faisais bien par cela seul que, pour humilier l'orgueil de mon esprit, pour me rapprocher de mes ancêtres, de mes contemporains, je sacrifiais ma tranquillité physique.

Je m'approuvais de même en faisant mes dévotions, en m'astreignant à la lecture quotidienne des prières avec les saluts et en observant tous les carêmes. Tout insignifiants qu'étaient ces sacrifices, ils étaient faits au nom du bien. Je faisais mes dévotions, je jeûnais, j'observais les prières indiquées selon le temps, à la maison et à l'église. Pendant le service de l'église, j'applaudissais chaque mot et lui donnais un sens lorsque je le pouvais.

A la messe, les paroles les plus graves étaient pour moi: