[2] Martyrologes.
[XV]
Combien de fois j'enviais aux paysans leur ignorance et leur simplicité! Dans ces thèses qui ne m'offraient que des non-sens évidents, il n'y avait rien de faux pour eux; ils pouvaient les admettre et croire à leur vérité, à cette vérité à laquelle je croyais aussi.
Seulement à moi, malheureux, il était clair que la vérité était entremêlée des fils les plus fins du mensonge et que je ne pouvais accepter la vérité sous une telle forme.
Ainsi, je vécus trois ans à peu près. D'abord, quand comme un catéchumène je pénétrais peu à peu la vérité, guidé seulement par l'instinct et marchant vers ce qui me paraissait être le plus clair, ce mélange de vrai et de faux ne m'étonnait pas autant. Si je ne comprenais pas quelque chose, je me disais:
—Je suis fautif, je suis mauvais.
Mais plus je me pénétrais de ces vérités que j'apprenais et plus elles me paraissaient la base de la vie; plus pénibles aussi et plus frappantes devinrent pour moi ces arrêts, ces chocs; plus il était difficile pour moi de tracer cette démarcation qui se trouve entre ce que je ne comprenais pas, parce que je ne savais pas comprendre, et entre ce qu'on ne pouvait comprendre autrement qu'en se mentant à soi-même.
Malgré ces doutes et ces souffrances je tenais encore à l'orthodoxie. Mais les problèmes de la vie se présentèrent alors tout vivaces à mon esprit, et il fallait les résoudre.