La solution que donne l'Église étant contraire aux bases mêmes de la foi dans laquelle je vivais, je fus obligé de renoncer tout à fait à la possibilité de la communion des idées avec l'orthodoxie.

Ces problèmes étaient: premièrement le rapport de l'Église orthodoxe avec les autres Églises, avec le catholicisme et les autres, que l'orthodoxie appelle schismatiques.

Entre temps l'intérêt que je portais à la foi me rapprochait des croyants de diverses religions: des catholiques, des protestants, des vieux croyants, des molokanes et autres.

Je rencontrais parmi eux beaucoup de gens moralement élevés et véritablement croyants. Je désirais être leur frère. Eh quoi! Cet enseignement orthodoxe qui me promettait de nous unir tous par la foi unique et dans un seul amour, ce même enseignement, par la bouche de ses meilleurs représentants, me déclarait que tous ces autres hommes se trouvaient dans le mensonge, que ce qui leur donnait la force de la vie n'était que la tentation du diable et il n'y avait que nous qui fussions en possession de la seule vérité possible. Et je vis que les orthodoxes comptaient pour hérétiques tous ceux qui ne confessaient pas la foi de la même manière qu'eux.

Il en est de même, du reste, des catholiques qui considèrent l'orthodoxie comme une hérésie.

Je vis aussi que l'orthodoxie se conduisait vis-à-vis de ceux qui ne confessent pas la foi de la même façon qu'elle,—en symboles extérieurs et en paroles,—avec un emportement qu'elle s'efforce de cacher, mais qui n'est que trop naturel, premièrement, parce que, affirmer que tu es dans le mensonge tandis que je suis dans la vérité, est le mot le plus cruel qu'un homme puisse dire à un autre, et secondement parce que l'homme qui aime ses enfants et ses frères ne peut pas ne pas s'emporter contre les gens qui ne veulent convertir ses enfants et ses frères à une foi erronée. Et cette hostilité augmente à mesure qu'on pénètre plus avant dans la science de la foi.

Et moi, qui croyais voir la vérité dans l'unité de l'amour, je fus frappé de voir que l'enseignement de la foi lui-même détruit ce qu'il aurait dû faire naître.

Ce fait est surtout bien évident pour nous autres hommes instruits qui avons vécu dans des pays où l'on confesse tant de religions différentes et qui avons vu cette négation dédaigneuse jointe à cette confiance inébranlable en soi-même, avec laquelle le catholique se comporte vis-à-vis de l'orthodoxe et du protestant, l'orthodoxe vis-à-vis du catholique et du protestant, et le protestant vis-à-vis des deux autres; ces rapports sont encore les mêmes quand il s'agit du vieux croyant pashkonetz, du sheker et de toutes les religions.

On se dit: Il n'est pas possible que, malgré toute leur simplicité, les hommes ne voient pas que, si deux institutions se nient l'une l'autre, c'est qu'il n'y a ni dans l'une, ni dans l'autre, cette vérité unique, qui doit constituer la foi. Il y a donc là quelque chose, quelque explication à trouver; je le croyais, du moins, et je cherchais cette explication.

Je lisais tout ce que je pouvais sur ce sujet et je consultais tous ceux que je pouvais. Mais je ne reçus aucune explication, si ce n'est celle des hussards de Soumma qui croient que le premier régiment du monde est le régiment des hussards de Soumma, tout comme les lanciers jaunes croient que le premier régiment du monde est celui des lanciers jaunes.