Les prêtres des diverses confessions, leurs meilleurs représentants, ne purent me dire qu'une chose, c'est qu'ils croyaient être dans la vérité, et que les autres étaient dans l'erreur; tout ce qu'ils pouvaient était de prier pour eux.
J'allais chez les archimandrites, chez les archirés, chez les vieillards, chez les ascètes, et je les questionnais; mais aucun d'eux ne se donnait la moindre peine pour m'expliquer cette situation.
Un seul m'expliqua tout, mais d'une telle manière que je ne demandai plus rien à personne.
Je leur parlais de ce qu'à tout incrédule qui s'adresse à la foi (et toute notre jeune génération en est là), cette question se présente la première: pourquoi la vérité n'est-elle pas dans le luthéranisme, dans le catholicisme, mais seulement dans l'orthodoxie?
On lui apprend au gymnase, car il ne peut pas l'ignorer comme le paysan, que le protestant et le catholique affirment de la même manière la vérité unique de leur foi. Les preuves historiques que chacune de ces confessions évoque pour s'attribuer la suprématie, sont insuffisantes. Ne peut-on pas, disais-je plus haut,—comprendre l'enseignement de façon à dégager la doctrine fondamentale des divergences d'opinions, de même que ces divergences disparaissent pour le vrai croyant? Ne peut-on pas aller plus loin dans la voie qui nous a réconciliés avec les vieux croyants? Ils affirmaient que la croix, les alleluias et la façon de marcher autour de l'autel sont autres chez nous. Nous leur avons dit: Vous croyez au symbole de Nicée, aux sept sacrements et nous y croyons aussi. Tenons-nous donc à cela et pour le reste, faites comme vous voudrez. Nous nous sommes réunis à eux parce que nous avons placé ce qu'il y a d'essentiel dans la foi plus haut que tout le reste.
Ne peut-on pas dire de même aux catholiques: nous croyons comme vous à ceci et à cela, au principal; quant au «Filioque» et au pape, faites comme vous voudrez. Ne peut-on donc plus s'adresser de même aux protestants?
Mon interlocuteur fut d'accord avec moi quant au fond; mais il ajouta que de telles concessions donneraient lieu à des reproches envers l'autorité ecclésiastique qu'on ne manquerait pas d'accuser de s'écarter de la religion de ses ancêtres, qu'il y aurait schisme, tandis que le devoir de l'autorité ecclésiastique était de conserver dans toute sa pureté la religion orthodoxe gréco-russe, qui lui a été transmise par ses ancêtres.
Et je compris tout. Je cherche la foi, la force de la vie, et eux, ils cherchent le meilleur moyen d'accomplir devant les hommes certaines obligations humaines. Ces actions humaines, ils les accomplissent avec toutes les faiblesses de leur nature humaine. Ils ont beau parler de leur pitié pour les frères égarés, des prières qu'ils adressent pour eux au trône du Tout-Puissant,—il faut toujours user de violence pour accomplir des actions humaines et dans ces conjonctures la violence a toujours été, est encore et sera toujours appliquée. Si deux religions se croient dans le vrai et se tiennent réciproquement pour fausses, ils voudront attirer leurs frères vers la vérité en prêchant leur doctrine. Et, si la doctrine fausse est prêchée aux fils inexpérimentés de l'Église qui se croit dans la vérité, alors, cette Église ne peut pas ne pas éloigner l'homme qui tente ses fils.
Que faut-il donc faire de ce sectateur qui, d'après l'opinion de l'orthodoxie, se consume dans une foi erronée, et qui dans ce qu'il y a de plus grave dans la vie—dans la religion—tente les fils de l'Église? Que faire, de lui, si ce n'est lui couper la tête ou l'enfermer?