Protecteurs de la liberté,
Grands Maistres de la destinée,
Dont la puissance n'est bornée
Que par la seule volonté.
O Dieux! apres cette victoire
Je veux celebrer vostre gloire,
Et dessus vos autels où fumera l'encens,
Faire que le sang des Victimes
Lave desormais tous les crimes
Que j'ay nagueres faits de vous croire impuissans.
Par le mesme effet de bonté
Qui fait prosperer nostre guerre,
Jusques icy vostre Tonnerre
A souffert mon impieté:
J'adore vos faveurs extremes,
Et me repens de ces blasphemes,
Dont ma bouche a voulu noircir vos Majestez,
Mon ame est aujourd'huy plus saine,
Je n'ay plus contre vous de haine,
Elle s'en est allée avec vos cruautez.
Brute, l'honneur de nos guerriers
Parmy le sang & le carnage,
Vient de signaler son courage,
Et de se couvrir de lauriers:
Dans cette publique alegresse
On idolatre sa prouësse:
Et tous nos Citoyens encensent à son bras,
Grands arbitres de nostre vie
Souffrez ces honneurs sans envie,
Celuy qui les reçoit ne vous les ravit pas.
Ce Heros avec des respects
Admire vostre providence,
Et connoist en cette occurance
Que peuvent vos divins aspects.
O Majestez que je revere!
Que vos decrets ont de mystere,
Et qu'on prevoit bien mal ce qu'ils ont arresté,
Pour de sagesses si profondes
La raison n'eust jamais de sondes,
Et le plus clair esprit n'est rien qu'obscurité,
Naguere Octave dans le port
S'imaginant nostre naufrage
Menaçoit Rome de servage,
Et tous nos Citoyens de mort:
Cette grosse & superbe armée
Faisoit dire à la Renommée
Que tout devoit flechir sous ses puissantes loix,
Et que nos bandes dissipées
Ne seroient bien-tost occupées
Qu'à faire des bouquets pour couronner des Rois.
Cependant ils sont abatus,
Leur orgueil n'est plus que fumée,
Et le débris de leur armée
Esleve un trosne à nos vertus;
Le camp d'Octave est notre proye,
Ses feux, sont ceux de nostre joye,
Sa honte est nostre honneur, sa nuict nostre flambeau;
Son sang espandu nous anime,
Et par un destin legitime
Nous trouvons nostre vie au fonds de son tombeau.
SCENE V.
BRUTE, ET PORCIE.
BRUTE.
En fin je voy qu'un jour vous banissez la plainte.