Mais ayant rapellé mes sens,
Je vay dire à toute la terre.
Que dans la paix & dans la guerre
Ce Prince peut toujours braver les plus puissans,
Tout tremble à ses moindres projets.
S'il vouloit gagner des sujets,
Et faire une entreprise égale à sa puissance,
Malgré l'empeschement des peuples & des Rois,
Tous les hommes seroient François,
Les bords de l'Univers seroient ceux de la France.
Comme Alcide dans le berceau,
Forçant la foiblesse de l'âge
Estoufa la sanglante rage
Des serpents qui venoient le pousser au tombeau.
Ce Prince à peine avoit encor
Cét honorable chapeau d'or.
De qui toujours la peine est fidelle compagne,
Quand avec le flambeau de la rebellion
Il estouffa ce grand Lyon,
Qui pour le devorer estoit venu d'Espagne.
Depuis ses plus charmans esbats,
Ont esté parmy les armées
A voir de bandes animées
S'entreverser le sang au milieu des combats:
Car cét ennemy conjuré,
Qui depuis long-temps a juré
De ne laisser jamais ses voisins dans le calme,
Donnant à ses desseins cent visages divers,
A fait agir tout l'Univers
Pour despoüiller son front d'une si belle palme.
Mais ce miracle des mortels
Qui mille fois le jour m'oblige
A proclamer comme un prodige
La moindre des Vertus qui luy font des Autels;
Par de moyens miraculeux
Previt ses desseins frauduleux,
Et destourna si bien les coups de cét orage,
Que bien loing de l'effect qu'on s'en estoit promis,
Il tomba sur vos ennemis
Qui fremissent encor & de honte & de rage.
C'est icy, genereux François,
Que l'honneur de vostre patrie
Vous permet sans idolatrie
D'adorer en luy seul le soustien de vos lois.
Voyez ce grand Astre d'amour
Ne reposer ny nuict ny jour,
Et pour vous acquerir une paix de durée,
Perdre tous ses plaisirs dans des soucis cuisans
Qui rendroient les Sceptres pesans
Entre les fortes mains d'Atlas & Briarée.