Voyez vostre Nef se vanter
Que sur l'Empire de Neptune,
Malgré les vents & la Fortune
Il n'est rien dont l'effort la puisse espouventer,
L'ennemy suit à son abord,
Elle a de tout costez le port,
La mer tout à l'entour ne monstre point de ride,
Jamais l'anchre ne fut en un si Riche lieu,
Et cét illustre demy-Dieu
La boussole à la main la conserve & la guide.
Voyez vos ennemis domptez
En vos batailles signalées
Graver dessus leurs Mausolées
La valeur de celuy qui les a surmontez.
Admirez que si l'Espagnol
N'eust pas voulu porter son vol
Sur les terres d'autruy, comme l'Aigle Romaine,
Les drapeaux que sur luy vous avez emportez,
Pourroient couvrir de tous costez
Les steriles deserts de son petit domaine.
Admirez que dans le discort
Qui divise l'Europe entiere,
Vous avez une ample matiere
De mespriser les vents, & de dormir au port.
Qui diroit à voir vos esbats.
Que dans de si sanglans combats
Les armes des François fussent interessées?
Si je n'avois le soin de prescher en tous lieux
Qu'un grand esprit aymé des Dieux
Vous fait jouyr en paix du fruict de ses pensées.
Puis tous d'une commune voix,
Faites retentir dans les nuës
Combien ses vertus recogneuës
Portent haut la splendeur du Trosne de vos Roix.
Tous les peuples que le Soleil
Esclaire de son teint vermeil
Tremblent espouvantez au seul nom de la France;
Et l'orgueilleux Tyran des hardis Otthomans,
Conserve dans ses documens
Plus cher que le Croissant son serment d'aliance.
Ce grand esprit portant icy
La valeur des peuples de Thrace,
Y porta le Mont de Parnasse,
Apollon & ses soeurs le suivirent aussy.
C'est là que quelquefois lassé
Du soin present & du passé,
Il voit avec plaisir grimper mille Poëtes,
Et ne desdaigne pas, tant son coeur est humain,
D'ouvrir avec sa propre main
Des bouches qui sans luy demeureroient muetes.