J'ay sceu par un de mes Couriers,
Que pour fuyr l'ingratitude,
On voit des fruicts de cét estude
Qu'on ne sçauroit payer avec mille lauriers.

L'un fait voir Hercule enchanté
Par les charmes d'une beauté
Negliger sa valeur ainsi que son espouse,
Et confesser enfin qu'estre victorieux
Des montres les plus furieux
Est moins que de dompter une femme jalouse.

L'autre nous monstre clairement
Dans la perte de Massinisse,
Que qui veut bastir sur le vice
Esprouve tot ou tard quel est ce fondement.

L'autre nous fait voir que l'amour
Desrobe le lustre & le jour
Aux belles actions d'un Empereur de Rome;
Et l'autre nous montrant un Roy dans sa maison
Frustré de l'effet du poison,
Fait voir qu'est devant Dieu la sagesse de l'homme.

L'autre, du premier des Cæsars
Nous fit voir la fin deplorable,
Et combien il fut miserable
De ne mourir plustost au milieu des hazards.

Ce Prince l'honneur des guerriers,
Le front couronné de lauriers,
Fut de la trahison la sanglante victime,
Dans les pompes du Trosne il trouva le tombeau,
Son favory fut son borreau,
L'injustice son Juge, & la vertu son crime.

Mes yeux apres ce coup fatal,
Firent l'office de mes bouches,
Et les ames les plus farouches
Pasmerent au recit d'un crime si brutal.

Tout l'Univers alloit mourir
Quand le Ciel pour le secourir
Fit partir de ses mains un équitable foudre,
Les plaines de Philippe en virent les effets,
Tous les meurtriers furent defaits,
Cæsar y triompha qui n'estoit plus que poudre.

Jamais un plus beau chastiment
Ne tint la Justice occupée:
Jamais on ne vit son espée
Abbatre de mutin plus equitablement.

Cét objet pleut tant à mes yeux,
Que j'arreste encore en ces lieux
Pour en voir le portrait sur ce fameux Theatre,
Où Brute & sa vertu confesseront en fin
Qu'à moins que d'un coup du Destin,
Un Trosne bien fondé ne se sçauroit abatre.