STRATON.
Pour servir aux desirs où vous estes sousmis,
Il faudroit peu d'amour, & beaucoup de malice.
Ha! laissez ce dessein indigne d'un bon coeur,
Qui terniroit l'esclat de vostre gloire extreme;
Un vaincu doit avoir le maintien d'un vainqueur,
Et ne perdre jamais l'Empire de soy-mesme.
Quoy, le monde ravy de vos premiers progrez,
Vous verra succomber à la fin de l'orage,
Et jugera d'abord, entendant mes regrets,
Qu'un bon-heur seulement faisoit vostre courage,
Esvitez ce peril, & s'il faut que l'Enfer
Vous donne le repos que le Ciel vous desnie,
Courez tout au travers & du feu & du fer,
Mourez, mais combatant contre la tyrannie.
BRUTE.
Je sçay bien, cher amy, que par ces beaux discours
Tu me veux destourner d'un dessein legitime;
Mais en l'estat funeste où sont reduits mes jours,
Je veux que ton bras m'offre à l'honneur pour victime.
Crois-tu que pour me voir au poinct de mon trespas
Un jugement bien sain n'esclaire pas mon ame,
Et que j'aille incertain chercher en d'autres bras
Ce que je puis trouver au bout de cette lame?
On perd souvent un bien qu'on veut trop differer,
Je veux mourir pour vivre, & finir pour durer.
STRATON.
Quoy, ce brave guerrier, à qui tout est possible,
Qui fit jadis trembler tant de peuples sousmis,
Perd contre ses desirs le tiltre d'invincible,
Qu'il a toujours gardé contre ses ennemis.