Ha! non, puissant Heros, n'encourez point ce blâme,
La mort nous fait juger comment l'homme a vescu,
Et si le desespoir peut surmonter son ame,
On croit mal-aisement qu'il ait jamais vaincu.

BRUTE.

Si de nos ennemis les troupes avancées
Ne me defendoient pas un plus long entretien,
Je pourroy renverser tes meilleures pensées,
Et creuser leur tombeau pour en bastir le mien.

Je diroy qu'un grand coeur que la Fortune oppresse,
Jusqu'à luy demander sa vie ou son honneur,
S'il balance le chois, tesmoigne sa foiblesse,
Et ne reconnoist pas où gist le vray bon-heur.

L'honneur dure toujours au Temple de memoire,
La vie a pour son cours un terme limité,
Sans doute celuy-la mesnage mal sa gloire,
Qui pour gagner un tour, pert une eternité.

D'esperer d'un bien que la puissance humaine
Nous peut faire acquerir, est une lâcheté,
Mais ne pouvant r'avoir la liberté Romaine,
Je cede seulement à la necessité.

Si je cherche la mort tandis que je suis libre,
N'est-ce pas pour monstrer aux races à venir,
Que j'ay voulu mourir comme j'avois sceu vivre,
Quant j'ay perdu l'espoir de m'y plus maintenir.

Ne conteste donc plus, seconde mon envie,
Tien ferme ce poignard, j'en beniray les coups,
S'ils peuvent faire voir en me privant de vie,
Que je mourus pour moy, ne pouvant rien pour vous.

STRATON.

Dure loy du devoir que ta rigueur est grande!
Obeïssons pourtant, Brute l'a projeté.