SCENE II.
CASSIE, BRUTE, TITINE.
CASSIE.
Resolu qu'aujourd'huy la bataille se donne?
BRUTE.
Je croy que ce dessein ne déplaist à personne,
Et que les maux soufferts par le peuple Romain,
Nous preschent qu'il vaut mieux aujourd'huy que demain.
CASSIE.
Il me semble pourtant que tout nous peut permettre.
Sinon de l'eviter, au moins de la remettre,
Puis que tous nos amis n'ont point de sentimens
Pour s'opposer jamais à nos commandemens;
Et que les Citoyens touchez de mesme envie
Déposent en nos mains le soucy de leur vie.
BRUTE.
Un peuple va toujours, quelque aguerry qu'il soit,
A finir promptement les ennuis qu'il reçoit,
Aymant mieux pour treuver le repos desirable,
S'exposer aux dangers d'une fin lamentable,
Que de souffrir longs-temps au milieu des travaux,
La funeste rigueur d'une suite de maux,
Juge si nos Romains exilez de leur terre,
Et déja fatiguez d'une si longue guerre,
Sçachant que le combat la doit faire cesser,
N'ont pas d'ardens desirs de le voir commancer.
Que si pourtant leur voix tesmoigne le contraire,
Elle dément leur coeur de peur de te déplaire.