CASSIE.
Il n'est rien de forcé dedans tous leurs discours.
BRUTE.
Le mal a trop duré, rompons icy son cours.
Cherchons nous le profit, ou bien la vaine gloire
De triompher des morts apres une victoire?
Celle de ravager l'Empire des Romains,
Et de pouvoir agir avec cent mille mains?
Non, un plus beau dessein nous fit prendre l'espée,
Nous voulons affranchir nostre terre occupée,
Restablir nos amis dans leur premier bon-heur,
Et monter au degré d'un souverain honneur,
Puis que l'occasion s'en offre si propice,
Faisons voir aujourd'huy quelle est nostre Justice,
Et que ses fiers tyrans percez de mille coups,
Asseurent pour jamais nos libertez & nous.
CASSIE.
Dans un si beau dessein mon ame interessée,
Par ton ressentiment explique ma pensée,
Tes desirs sont les miens, & celuy d'estre Roy
M'a toujours fait horreur aussi bien comme à toy;
Je ne le puis souffrir, Nature la premiere
M'inspira cette haine avecque la lumiere,
Ma raison la receut, & depuis nos sermens
En ont authorisé les justes mouvemens:
Mais je ne sçay pourtant si cette impatience
D'aller voir l'ennemy, n'a point de l'imprudence,
Et si precipitant le dessein du combat,
Nous ne reculons point le bien de nostre Estat.
BRUTE.
Rome que ces meurtriers remplissent de carnage,
Nous demande secours, parle à nostre courage,
Et nous pouvons bien voir aux plaintes qu'elle fait,
Que le retardement le rendroit sans effet:
Ne le differons plus, secondons son attente,
Ranimons aujourd'huy la liberté mourante,
Redonnons au païs la vigueur de ses lois,
Secourir promptement, c'est secourir deux fois.
CASSIE.
Ta resolution si digne de loüange
Fait que contre mon coeur, ma volonté se range;
Combattons donc, cher Brute, & dans le Champ de Mars,
Aussi bien qu'au Senat, poignardons des Cæsars.