Lorsqu'il fut dans le train qui l'emmenait à Marseille, Anatole de Saintariste, l'officier permissionnaire dont il est question, s'endormit profondément. Il y avait plusieurs mois qu'il couchait sur le sol, et la douceur des banquettes du wagon de première où il voyageait le faisait dormir, en quelque sorte, de tendresse... C'était sa première permission depuis le commencement de la guerre...

L'arrivée dans la Capitale eut lieu par un beau soleil et, le soir, quand le Permissionnaire reprit le rapide, il emportait de Paris une excellente impression que gâtaient seulement quelques embuscades surprises çà et là...

A Marseille, il attendit le bateau qui devait le transporter en Algérie. Il profita de cette attente forcée pour visiter les camps anglais.

La rencontre d'un de ses amis, devenu interprète auprès de l'armée anglaise, lui facilita ses excursions. Son cicerone savait porter l'uniforme kaki orné des têtes de sphinx, c'est pourquoi il jouissait d'une certaine popularité parmi les officiers britanniques et le Permissionnaire fut bien reçu sous leurs tentes, et ceux qui, parmi les officiers anglais, entendaient le français, fredonnèrent une chansonnette dont les Interprètes sont les héros:

Non seul'ment faut savoir l'français,

Faut même connaître un peu d'anglais,

Ça peut servir, on sait jamais,

Aux Interprètes.

Le Permissionnaire vit les Hindous faire leur cuisine et les Tommies s'exercer au maniement d'armes.

Au demeurant, la ville était pleine d'Anglais, d'Hindous, de Serbes, d'Annamites. Ces derniers étaient vêtus en artilleurs et destinés, disait-on, à l'aviation; il y avait encore quelques officiers russes et des officiers italiens en petit nombre...