Deux bibliophiles s'étaient attardés dans sa boutique, tandis qu'il traduisait un ouvrage anglais, et ils le dérangeaient fort par leur bavardage. Ils en vinrent à parler de la guerre de 70 et de la trahison de Bazaine.

«Messieurs, leur dit Liseux, on ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu, ni d'un traître dans celle d'un traducteur.»

Et interloqués, ils s'en allèrent.

Un amateur voulait un rabais sur les ouvrages que publiait Liseux, prétextant qu'il était un de ses amis.

«En ce cas, répondit l'éditeur, prenez les livres, puisque j'ai fait imprimer sur les couvertures: Pour Isidore Liseux et ses amis.»

Et l'amateur emporta les livres sans rien payer.

Il parlait de la science avec attendrissement comme si elle eût été une personne de ses amies:

«Elle n'est ni sévère, disait-il, ni repoussante, pensez donc, son corps, c'est la nature, sa tête, c'est l'intelligence, et sa parure, ce sont les livres. Bonneau la connaît encore mieux que moi. Il pourrait vous dire de quelle couleur sont ses yeux, quelle teinte a sa chevelure. C'est qu'il ne la quitte jamais, et moi, je dois la négliger parfois pour m'occuper de commerce.»

Comme il avait l'intention de publier la traduction de quelques nouvelles du conteur napolitain Basile, on lui indiqua, pour ce travail, un savant au nom fortement germanique et qui tenait à signer sa traduction:

«J'aimerais mieux qu'il s'appelât Pulcinella, repartit Liseux, ou, au moins Polichinelle.»