Dans la petite imprimerie de la rue Tardieu où il s'installa en quittant la rue de Douai, furent imprimées les premières plaquettes de Pierre Reverdy, de Philippe Soupault et composés un certain nombre des poèmes formels de mon recueil intitulé Calligrammes. Les livres imprimés par Paul Birault resteront dans les bibliothèques des bibliophiles.
Pendant la guerre il fut le plus spirituel des collaborateurs du Bulletin des Armées de la République. Il mourut dans le courant de 1918, tandis que les Berthas et les Gothas menaient sinistre bruit.
[LE BOUILLON MICHEL PONS]
Peu avant la guerre, m'étant rencontré avec M. Michel Pons, le restaurateur-poète qui eut, à une élection académique, la voix de Maurice Barrés, il m'invita à aller le visiter. Et quelques jours après cette rencontre, j'arrivai au Bouillon Michel Pons, rue des Moulins, vers 5 heures de l'après-midi.
Une femme à cheveux blancs et très avenante de visage me dit que le patron était au premier étage où je montai par un petit escalier en spirale.
Là, dans une salle basse, en compagnie de son ami, le cordonnier-philosophe André Gayet, Michel Pons collait, à la lueur d'un bec de gaz, les coupures de journaux relatives à son dernier livre de vers: les Chants d'un déraciné.
Michel Pons est un homme dans la force de l'âge, il est brun, pas très grand, mais large d'épaules et bien campé sur ses jambes. Il s'enthousiasme facilement et rit encore plus volontiers, accompagnant ses récits de gestes à mains fermées.
Son ami, le cordonnier-philosophe, présente avec lui un contraste frappant. Il est très grand et très mince, ce qui, malgré ses cheveux blancs, lui laisse l'air très jeune. Son visage est plein de tranquillité. Un strabisme assez prononcé donne à son regard je ne sais quoi de lointain et de mystérieux. Il parle rarement et toujours avec bon sens, et, tandis qu'il écoute, on comprend qu'il suppute la valeur de ce qu'il entend, cependant qu'il s'efforce de juger son interlocuteur avec bienveillance. Ses vêtements, très propres, sont ceux d'un artisan, mais sa taille et sa tenue leur confèrent une véritable élégance. Il m'a rappelé aussitôt un de mes amis auquel il ressemblait beaucoup, René Dalize, le plus ancien de mes camarades.
Après les présentations, j'examinai avec mes deux confrères les coupures que venait de coller Michel Pons. Ensuite, je vis toutes celles qu'il avait reçues précédemment, et elles sont très nombreuses.