Les peintres préférés de Léon Dierx étaient Corot, Monticelli et Forain.

Un soir que nous sortions de la cave de M. Vollard, le Prince des Poètes m'invita à aller le trouver chez lui aux Batignolles. Il me reçut avec bonté.

Aux murs, des Décamérons peints par Monticelli voisinent avec des croquis de Forain, et les personnages anciens et diaprés de l'un semblent se mêler aux silhouettes modernes et spirituelles de l'autre, pour former une cour étrange et lyrique à ce prince presque aveugle de l'aristocratique République des lettres.

Parnassien, il avait de l'indulgence pour les poètes de toutes les écoles (c'est ainsi que l'on nomme les partis au pays de la poésie).

«Toutes les théories peuvent être bonnes, disait-il, mais les œuvres seules comptent.»

Il s'exprimait avec réserve sur les lettres contemporaines, mais s'il lui arrivait de prononcer le nom de Moréas, sa voix s'enflait et l'on devinait qu'une préférence secrète déterminerait son choix, si un souverain avait à choisir.

Il me dit aussi:

«Notre époque de prose et de science a connu les poètes les plus lyriques. Leur vie, leurs aventures constituent la partie la plus étrange de l'histoire de notre temps.

«Gérard de Nerval se tue pour échapper aux misères de l'existence, et le mystère qui entoure sa mort n'est pas encore expliqué.

«Baudelaire est mort fou, ce Baudelaire dont on connaît si mal la vie, en dépit des biographes et des éditeurs épistolaires. N'a-t-on pas parlé de ses vices et de ses maîtresses? On assure maintenant que, dans ses Mémoires, Nadar se fait fort de démontrer que Baudelaire est mort vierge.