«—Et Giandouia?...

«—Ce sera pour demain soir, dit mon père, tandis qu'il bordait mon lit, ce soir il est aussi fatigué que toi.

«Pour la première fois, je m'endormis sans avoir dit ma prière du soir.

«Le lendemain, mon père me mena voir Giandouia. Je n'avais encore jamais été au théâtre. Je fus aux anges pendant toute la représentation et ne perdis aucun des gestes des nombreuses marionnettes de grandeur naturelle qui s'agitaient sur la scène; mais je ne compris rien à l'intrigue de la pièce qui, autant que je me souvienne, devait en partie se passer en Orient. Lorsque tout fut fini, je ne pouvais pas le croire. Mon père me dit:

«—Les marionnettes ne reviendront plus.

«—Où sont-elles allées? demandai-je en m'assurant que Maldino était toujours dans mes bras.

«Mais mon père ne me répondit rien...

«Ensuite, je partis pour Paris avec mon oncle Je n'ai jamais revu mes parents, qui moururent peu d'années après mon départ.»

*
* *

Ayant achevé son récit, Giovanni Moroni resta longtemps rêveur, J'essayai à plusieurs reprises de connaître ses souvenirs, ses impressions sur les années qui s'étaient écoulées depuis sa première enfance. Mais il me fut impossible de rien tirer de lui sur ce sujet. Au demeurant, je crois qu'il n'avait rien à dire...