Elle désignait le mort au milieu de la pièce.
«Alors, tu n'as pas besoin d'être jaloux du mouchu qui s'intéresse à moi. Je fais ce que je veux, tu m'entends, plandrong, ce que je veux!... J'ai eu un roi quand j'ai voulu et des maçons quand il m'a plu et des messieurs, si ça me faisait plaisir...»
Et Costantzing était un botcha, c'est-à-dire un manœuvre, roux et vigoureux, ayant à peine vingt ans et plus orgueilleux de sa Cichina qu'elle n'était fière de sa propre destinée. La jalousie sortit de lui comme l'écume sort d'une vague brisée contre un rocher.
Il se jeta sur sa maîtresse qui, butant contre la civière, la renversa et tomba sur le mort.
Sauvagement, ce rival d'un roi piétinait la favorite par-dessus le cadavre, en fixant d'un air de défi le portrait souverain suspendu à la muraille.
À Mademoiselle Segré
LE DÉPART DE L'OMBRE
«C'était il y a plus de dix ans, et tout cela n'est point passé, puisque je revois, quand je le veux, les choses et les gens de ce temps-là. Je sens leur consistance et j'entends les bruits et les voix. Ces souvenirs m'importunent, comme des mouches que l'on chasse et qui, aussitôt, se posent de nouveau sur la face ou sur les mains.
«Quand Louise Ancelette mourut, je ne l'aimais plus. Sa tendresse, depuis un an déjà, glissait sur moi comme l'eau de pluie sur l'imperméable. Mon désamour, que je ne voulais pas montrer, brillait soudain, en éclair labial, devant nos amis, à qui mes inquiétudes mentales donnaient, j'en étais sûr, un sujet de conversation que je devinais sans les entendre, comme, sans le voir, on devine le cadavre d'une jeune fille lorsqu'on passe devant une maison mortuaire à la porte ornée de tentures blanches.