Et elle éclata en sanglots, parlant de Pignerol, hoquetant des phrases entrecoupées et magnifiques où il re galantuomo, ce Victor-Emmanuel, qui est le Vert Galant de l'Italie, revivait brusquement avec ses grosses moustaches conquérantes, ses goûts populaires et ses favorites d'un jour.
«Vittorio Émmanuele!... Oui, mouchu. Pendant un voyage à Pinéreul... Il était le premier, je vous le jure... J'ai eu quatre marenghi, oui, mouchu, quatre pièces d'or... Il était si beau et il était le roi... Quatre marenghi...»
Et elle pleurait, cette favorite, ne s'observant plus, laissant brusquement toutes ses années lui froisser le visage. Son souvenir les avait toutes rappelées, ses années à elle et de plus anciennes encore qui la vieillissant davantage évoquaient les aventures galantes des prisonniers de jadis à Pignerol. C'était Lauzun, vieille ombre frivole qui revenait pour courtiser cette femme, et, avec le surintendant Fouquet et le Masque de Fer, formait une cour merveilleuse et séculaire à cet ouvrier mort à qui le hasard avait donné pour compagne la favorite d'un roi.
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Mais Costantzing, qui avait perdu son argent au lotto, chassa ces ombres lorsqu'il revint. Il s'avança, les poings fermés:
«Vous savez, la Cichina m'appartient! Ce n'est pas parce que vous êtes habillé en monsieur que vous pouvez vous mêler de ce qui ne vous regarde pas... Foutez le camp et tchaû!»
Et il répéta plusieurs fois le dur adieu piémontais «Tchaû!... Tchaû!...» Mais la Cichina mit les mains sur les hanches:
«À la couche, Costantzing, à la couche! Tu n'es pas jaloux de celui-là?»
Elle montrait la lithographie qui représentait Victor-Emmanuel.
«Ni de celui-là?»