—Oui, Chislam, j'eusse fini par céder à vos instances et je vous eusse épousé. Mais en le faisant, c'est à mon art que j'aurais renoncé.
—Sauvage Olly, je vous attendrai toujours.
Et le dialogue continuait sur ce ton: l'indépendante Olly se refusant à accepter les propositions matrimoniales de l'amoureux Chislam.
Ce que je savais de la pruderie anglo-saxonne me força d'abord à m'étonner que dans la pension l'on tolérât des visites de femme chez mon voisin; puis je n'y pensai plus.
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Mon étonnement augmenta lorsque le matin suivant je fus réveillé par une nouvelle conversation qui s'échangeait cette fois en français, mais avec l'accent particulier des Américains de l'Ouest.
Chislam parlait encore avec une femme.
—Vous ne m'aimez plus, monsieur Chislam! Vous êtes toujours autour d'Olly, la petite dresseuse de chiens, qui est maigre comme un manche à balai. Il y a un mois encore, vous tombiez en extase pendant que je chantais ma romance et c'est bien l'amour qui vous poussait à cela, car je n'ai pas la voix très juste.
—J'ai fini par m'en apercevoir, mademoiselle Criquette. En outre, vous ne m'aimez pas. Vous vous jouez de moi par coquetterie.
—Ainsi, vous avez oublié la promesse de mariage que vous me fîtes et cette maison de campagne dans un village au bord de la Loire où nous devions passer notre lune de miel?