«Raadi, raadi, raadi...»

Tout à coup, il s'interrompit. La foule des buveurs altérés poussa un cri de satisfaction. Les quatre garçons venaient d'apparaître à la porte de la brasserie. Ils portaient dignement une sorte de baldaquin sous lequel l'Oberkellner marchait raide et fier comme un roi nègre détrôné. Ils précédaient de nouveaux tonneaux de bière qui furent mis en perce au son de la cloche, et tandis qu'éclataient les rires, les cris et les chansons sur cette butte grouillante, dure et agitée comme la pomme d'Adam de Gambrinus même, quand burlesquement vêtu en moine, le radis blanc d'une main, il vide de l'autre la cruche qui lui réjouit le gosier.

Et l'enfant à venir se trouva fort secoué par les rires de Macarée qui s'amusait au spectacle de cette énorme godaillerie et qui ne laissa point de boire jusqu'à plus soif en compagnie de son mari.

Or l'allégresse de la mère eut une heureuse influence sur le caractère du rejeton qui en acquit beaucoup de bon sens, dès avant sa naissance, et du véritable bon sens, s'entend, celui des grands poètes.


[VII]

Accouchement

Le baron François des Ygrées quitta Munich au moment où la baronne Macarée connut que s'avançait l'heure de la délivrance. M. des Ygrées ne voulait pas d'un enfant né en Bavière; il assurait que ce pays prédispose à la syphilis.

Ils arrivèrent, avec le printemps, au petit port de la Napoule, que dans un calembour lyrique du plus bel effet, le baron baptisa pour l'éternité:

La Napoule aux deux d'or.