Une fois, avant le lever du soleil, François des Ygrées descendit au jardin. Il s'y abandonna à une douce rêverie pendant laquelle il s'enrhuma. Tout à coup il se mit à éternuer sans répit une vingtaine de fois, atchi, atchou, atchi.

Ces éternuements le dégourdirent. Il vit que le ciel blanchissait et l'horizon marin s'éclairait le premier à cette aube. Puis un commencement d'aurore enflamma le ciel du côté de l'Italie. En face s'étendait la mer encore triste, et à l'horizon, comme un petit nuage au ras de la mer, se courbaient les sommets de la Corse, qui disparaissent après le lever du soleil. Le baron des Ygrées frissonna, puis il bâilla en s'étirant. Alors il regarda encore la mer à l'orient, où l'on eût dit que flambait une flotte royale en vue d'une ville marine aux maisons blanches, Bordighère, qui fournit les palmes pour les fêtes du Vatican. Il se tourna vers le gardien immobile du jardin: ce grand cyprès enguirlandé d'un rosier fleuri qui lui grimpait jusqu'à la cime. François des Ygrées respira les roses somptueuses aux fragrances nonpareilles et dont les pétales encore serrés étaient de chair.

C'est alors que Mia l'appela pour qu'il prît son déjeuner.

Sa natte dans le dos, elle venait de cueillir des figues et en laissait couler des gouttes laiteuses dans une jatte de lait. Elle sourit à Croniamantal en disant: «Voulez-vous goûter le lait caillé?» Il dit que non, car il ne l'aimait pas.

—Avez-vous bien reposé? demanda-t-elle.

—Non, il y a trop de moustiques.

—Vous savez, quand on a été piqué, on n'a qu'à se frotter avec du citron et pour ne pas l'être on se met de la vaseline sur le visage avant de se coucher. Moi, elles ne me piquent pas.

—Ça serait dommage. Car vous êtes très jolie et on a dû vous le dire souvent.

—Il y en a qui le disent et d'autres qui le pensent sans le dire, il y en a. Pour ceux qui me le disent, ça ne me fait ni froid, ni chaud, pour les autres c'est tant pis pour eux, c'est...

Et François des Ygrées imagina aussitôt une fable pour les timides: