> Fable de l'huître et du hareng
Une huître vivait belle et sage, sur une roche. Elle ne rêvait pas d'amour, mais pendant les beaux jours bayait au soleil béatement. Un hareng la vit et ce fut le coup de foudre. Il s'en amouracha éperdument sans oser le lui avouer.
Un jour d'été, heureuse et coite, l'huître bâillait. Tapi derrière un rocher, le hareng la contemplait, mais tout à coup le désir de donner un baiser à sa bien aimée devint si fort qu'il ne put le réfréner.
Il se jette alors entre les écailles ouvertes de l'huître et, surprise, elle les referme soudain, décapitant le misérable dont le corps flotte sans tête, à l'aventure, sur l'océan.
—C'était tant pis pour le hareng, dit Mia en riant, il était par trop bête. Moi, je veux bien qu'on me dise que je suis jolie, mais pas pour rire, pour que nous se fiancions...
Et François des Ygrées remarqua pour la noter cette curieuse particularité de syntaxe qui fait conjuguer le pluriel des verbes pronominaux avec le concours unique, à chaque personne, du pronom réfléchi de la troisième personne: nous se fiançons, vous se fiançez... Et il pensait encore:
«Elle ne m'aime pas. Macarée morte. Mia indifférente. Allons, je suis malheureux en amour.»
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Un jour, il se trouvait dans le vallon des Gaumates, sur un monticule planté de petits pins maigres. La côte bordée par le blanc-bleu des flots s'allongeait au loin, devant lui. Le Casino émergeait de la forêt des arbres rares de ses jardins. François des Ygrées le regardait. Ce palais ressemblait à un homme accroupi et levant ses bras au ciel. Près de lui François des Ygrées entendit un Mammon invisible:
«Regarde ce palais, François, il est fait à l'image de l'homme. Il est sociable comme lui. Il aime ceux qui le visitent et surtout ceux qui sont malheureux en amour. Vas-y et tu gagneras, car on ne peut pas perdre au jeu lorsqu'ainsi que toi, l'on est malheureux en amour.»