Et la foule cria:
«Qui es-tu, qui es-tu?»
Le poète se tourna vers l'orient et parla d'une voix exaltée:
«Je suis Croniamantal, le plus grand des poètes vivants. J'ai souvent vu Dieu face à face. J'ai supporté l'éclat divin que mes yeux humains tempéraient. J'ai vécu l'éternité. Mais les temps étant venus, je suis venu me dresser devant toi.»
Tograth accueillit d'un éclat de rire terrible ces dernières paroles. Les premiers rangs de la foule ayant vu rire Tograth rirent aussi, et le rire en éclats, en roulades, en trilles se communiqua bientôt à la populace tout entière, à Paponat et à Tristouse Ballerinette. Toutes les bouches ouvertes faisaient face à Croniamantal qui perdait contenance. On cria parmi les rires:
«À l'eau, le poète!... Au feu, Croniamantal!... Aux chiens, l'amant du laurier!»
Un homme qui était au premier rang et avait un gros gourdin en appliqua un coup à Croniamantal, dont la grimace douloureuse fit redoubler les rires de la foule. Une pierre habilement lancée vint frapper le nez du poète, dont le sang jaillit. Une marchande de poisson fendit la foule, puis, se plaçant devant Croniamantal, lui dit:
«Hou! le corbeau. Je te reconnais, Peuchaire! tu es un policier qui s'est fait poète; tiens, vache, tiens, conteur de bourdes.»
Et elle lui asséna une gifle formidable en lui crachant au visage. L'homme que Tograth avait guéri de la calvitie s'approcha en disant:
«Regarde mes cheveux, est-ce un faux miracle, ça?»