Et levant sa canne, il la poussa si adroitement qu'elle creva l'œil droit. Croniamantal tomba à la renverse, des femmes se précipitèrent sur lui et le frappèrent. Tristouse trépignait de joie, tandis que Paponat essayait de la calmer. Mais du bout de son parapluie, elle alla crever l'autre œil de Croniamantal, qui la vit en cet instant et s'écria:

«Je confesse mon amour pour Tristouse Ballerinette, la poésie divine qui console mon âme.»

Alors de la foule des hommes crièrent:

«Tais-toi, charogne! attention les madames.»

Les femmes s'écartèrent vite, et un homme qui balançait un grand couteau posé sur sa main ouverte le lança de telle façon qu'il vint se planter dans la bouche ouverte de Croniamantal. D'autres hommes firent de même. Les couteaux se fichèrent dans le ventre, la poitrine, et bientôt il n'y eut plus sur le sol qu'un cadavre hérissé comme une bogue de châtaigne marine.


[XVIII]

Apothéose

Croniamantal mort, Paponat avait ramené à l'hôtel Tristouse Ballerinette qui, aussitôt qu'elle y fut, se livra à une crise de nerfs dans les règles. On était dans un vieil immeuble et, par hasard, dans un placard, Paponat découvrit une bouteille d'eau de la reine de Hongrie qui remontait au XVIIe siècle. Ce remède agit rapidement. Tristouse reprit ses sens et alla sans plus tarder à l'hôpital réclamer le corps de Croniamantal, qu'on lui remit sans difficulté.

Elle lui fit des funérailles décentes et plaça sur sa tombe une pierre sur laquelle on grava, comme épitaphe: