C'était une jolie créature au buste petit et étroit, à la taille ployée, aux longues jambes fines. Juan n'avait pas connu de femme, et la jeune fille était vierge quand elle se donna à lui. Les premiers temps de la passion furent chez Juan un ravissement. Il était en adoration, en extase devant le joli corps de sa maîtresse; il eût passé des heures, des semaines, des mois sans relâche auprès d'elle. Ensemble ces deux enfants apprirent la volupté.
Elle l'avait d'abord dominé, mais il la domina bientôt. Les femmes étaient faites pour se courber devant Don Juan.
Du jour où elles se déclaraient esclaves, elles étaient perdues du reste.
Don Garcia, qui n'avait point attaché d'importance à la conquête de la Fausta, démontra à Juan que la constance était une vertu chimérique. Il lui fit même honte d'une passion qui l'empêchait de mener comme par le passé la libre vie d'étudiant.
Un matin, Juan reçut un billet de la Teresa qui lui exprimait son regret de manquer au rendez-vous pour le soir. Une vieille parente venait d'arriver à Salamanque, et on avait dû lui donner la chambre de Teresa qui devait coucher dans celle de sa mère. Impossible de s'échapper par les fenêtres!
Don Juan éprouva une sorte de satisfaction à la lecture de ce billet. En compagnie de son ami Garcia qui n'avait pas de scrupule, lui, à se défaire un soir de sa maîtresse, ils pourraient passer ensemble une bonne nuit de garçon, au cabaret et ailleurs!
Mais au moment où il sortait, une femme voilée lui remit un autre billet de Teresa. Elle avait arrangé l'affaire de la chambre, et ils pourraient se retrouver le soir.
Don Juan se rendit au rendez-vous, mais il éprouvait une sorte d'irritation contre la pauvre enfant, et il ne s'efforça même pas de le dissimuler.