Ses yeux étaient grands et noirs. On devinait sous ses paupières un sentiment qui n'était pas le désir, mais peut-être le serait-il devenu si son âme, en se peignant dans ce regard, ne l'eût rendu le siège de la chasteté.

Ses cheveux lustrés étaient rassemblés sur un front brillant de génie, de douceur et de beauté; l'arc de ses sourcils semblait modelé sur celui d'Iris; ses joues, colorées par les rayons de la jeunesse, avaient parfois un éclat transparent, comme si dans ses veines eût circulé un fluide lumineux.

Elle était mariée à un homme de cinquante ans: de tels maris, il y en a à foison. Au lieu d'un semblable il serait mieux d'en avoir deux de vingt-cinq, surtout dans les contrées plus rapprochées du soleil. Il est bien déplorable, en effet, dans ces régions que la chair soit si fragile en dépit des jeûnes et des prières.

Dans le moral septentrion tout est vertu, et les juges peuvent avec équité fixer l'amende de l'adultère.

Alfonso était un homme encore de bonne mine, et sans être chéri de Julia il n'en était pas non plus détesté. Ils vivaient ensemble comme le plus grand nombre, supportant d'un commun accord leurs défauts et n'étant exactement ni un ni deux. Cependant Alfonso était jaloux, mais il se gardait de le laisser paraître: la jalousie tremble toujours qu'on la reconnaisse.

Julia était l'amie intime de Doña Inès, on ne sait trop pourquoi. Aucuns prétendent, sans doute par méchanceté, qu'Inès, avant le mariage de Don Alfonso, avait oublié avec lui quelque chose de sa vertu habituelle. Conservant cette ancienne connaissance dont le temps avait bien purifié les sentiments, elle témoignait la même affection à l'épouse d'Alfonso.


Julia vit Don Juan et, comme un bel enfant, elle le caressait doucement. C'était chose naturelle quand elle avait vingt ans et lui treize, mais quand elle en eut vingt-trois et lui seize, il s'opéra dans leurs relations un certain changement.

La jeune dame restait à quelque distance, et le jeune homme était devenu timide. Leurs regards demeuraient baissés et lourds d'embarras. Sans doute Julia devinait-elle ce qui causait tout cela, mais pour Juan il n'en avait pas plus idée que de l'Océan ceux qui ne l'ont jamais vu.

Il y avait cependant encore quelque chose de tendre dans la froideur de Julia; quand sa jolie main tremblante s'éloignait de celle de Juan, elle y laissait un demi-serrement vif, caressant et léger, si léger que l'esprit hésitait à y croire. Il n'est cependant pas de magicien qui ait pu opérer, avec sa baguette magique, un changement comparable à celui que cet imperceptible toucher produisait sur le cœur de Juan.