«Mot inutile! Je le laisse cependant...

«Aurai-je la force de calmer mon esprit? Mon sang se précipite encore là où ma pensée est fixée, comme roulent les vagues dans le sens que le vent leur imprime... J'ai un cœur de femme, je ne peux oublier.

«Je n'ai plus rien à dire et ne peux me résoudre à quitter la plume... Je n'ose poser mon cachet sur ce papier... Et pourtant je le pourrais sans inconvénient. Mon malheur ne saurait s'accroître. Je ne vivrais déjà plus si l'on mourait de douleur. La mort dédaigne de frapper l'infortunée qui s'offre à ses coups... Il me faut survivre à ce dernier adieu... Il me faut supporter la vie pour vous aimer et prier pour vous!»

Elle écrivit ce billet avec une jolie petite plume de corbeau toute neuve sur du papier doré sur tranches. Sa frêle main blanche tremblait quand elle approcha la cire de la lumière, et pourtant il ne lui échappa pas une larme. Le cachet portait un héliotrope sur une cornaline blanche avec la devise «Elle vous suit partout.» La cire était superfine et d'un beau vermillon.

Telle fut la première aventure périlleuse de Don Juan.

CHAPITRE II

LE NAUFRAGE

Les filles de Cadix.—L'embarquement.—Mélancolie de Don Juan.—Le mal de mer.—La tempête.—Le grog.—Tristesse du licencié Pedrillo.—Dans les canots.—Le navire sombre.—La chaloupe s'éloigne.—La faim.—Le tirage au sort.—Pedrillo mis à mort et mangé.—Le châtiment.—Le dénuement.—La terre!—Vers le rivage.—Naufrage de la chaloupe.—Don Juan atteint le rivage et s'évanouit.

Juan avait donc été envoyé à Cadix. C'était, avant que le Pérou eût appris à se révolter, l'entrepôt du commerce colonial. Et puis on y trouvait de si jolies filles, des dames si gracieuses! Le cœur se gonfle à les regarder marcher. C'est quelque chose de divin, d'incomparable. Le coursier arabe? le cerf majestueux? le cheval barbe nouvellement dompté? le caméléopard? la gazelle? non ce n'est pas cela. Et puis leur mise: leur voile, leur jupon court! Et leurs petits pieds, et le tour de leurs jambes!