Elles rejettent leurs voiles en arrière, et un regard irrésistible, qui vous rend pâle de bonheur, vous brûle jusqu'au fond du cœur. Terre de soleil et d'amour! Celui qui t'oublie n'est plus digne de dire ses prières.
C'est à voyager sur mer que Don Juan avait été destiné: comme si un vaisseau espagnol était une arche de Noé qui lui devait offrir asile contre la perversité de la terre, et d'où il prendrait son vol un jour ainsi que la colombe de promission!
Don Juan, ses malles faites, reçut un sermon et de l'argent. Son voyage devait durer quatre printemps.
Ainsi Doña Inès espérait que son fils s'amenderait; elle, lui remit une lettre toute pleine de sages conseils et quelques autres de crédit.
Juan s'embarqua donc. Le vaisseau leva l'ancre par bon vent et mer passablement houleuse. Sur le tillac il adressa son adieu à l'Espagne. Les premières séparations sont toujours pénibles. Lors même que l'on quitte les lieux et les gens les plus déplaisants, on ne peut s'empêcher de tourner les yeux vers son clocher.
Mais il laissait derrière lui plus d'un objet chéri: une mère, une maîtresse et point d'épouse. Ainsi il pleurait comme les Hébreux captifs, aux bords des fleuves de Babylone, sur les souvenirs de Sion. Et en même temps il réfléchissait et prenait la résolution de se corriger.
«Adieu, Espagne, un long adieu! s'écria-t-il. Peut-être ne te reverrai-je plus, peut-être suis-je destiné à périr comme l'exilé, par la seule soif qu'il avait de ton rivage. Adieu! beaux sites que baigne l'eau du Guadalquivir. Adieu, ma mère! et puisque tout est fini entre nous, adieu aussi, ma chère Julia!»
Ce disant, il tira sa lettre et la relut tout entière.
«Que si jamais je t'oublie, je jure...—mais non, cela est impossible, cela ne saurait être—cet océan azuré se convertira en air, la terre elle-même en mer avant que ton image ne disparaisse de mon cœur, ô ma charmante! avant que ma pensée ne s'éloigne de la tienne. Ah! quand l'âme est malade, rien ne la peut guérir...»