Haydée, seule avec la nuit, l'océan et son amour, contemplait sans fin le sommeil de son amant. Ces étoiles innombrables qui scintillaient maintenant au ciel n'éclairaient nulle part une félicité comparable à la sienne.

Elle était l'enfant de la passion, née sous ce ciel qui rend brûlants les baisers des filles aux doux yeux de gazelle; elle n'était faite que pour aimer, tout ce qu'on pouvait dire ou faire ailleurs n'était rien pour elle. Là battait son cœur... Elle n'avait rien d'autre à souhaiter, à espérer ni à craindre.

C'en est donc fait. Juan et Haydée ont engagé leur cœur sur ce rivage solitaire; les étoiles ont versé leur lumière sur tant de beauté; l'océan fut leur témoin, la caverne leur couche nuptiale... La solitude a été leur prêtre. Et voilà qu'ils sont époux, et qu'ils sont heureux...


Redoublant d'imprudence à chaque visite nouvelle, Haydée oubliait que l'île appartenait à son père, le pirate.

Ce bon vieux gentilhomme avait été retenu par les vents et les vagues, ainsi que par quelques captures importantes... Une tempête avait tempéré sa joie en faisant sombrer l'une de ses prises... Il avait enchaîné ses captifs, les avait divisés en lots et numérotés comme des chapitres d'un livre. Chacun valait de dix à cent dollars par tête.

Il disposa des uns à la hauteur du cap Matapan, parmi ses amis les Méinotes; il en vendit d'autres à ses correspondants de Tunis, à l'exception d'un homme qui, étant vieux et ne trouvant point d'acquéreur, fut jeté à la mer. Quelques-uns des plus riches furent mis à la cale pour être échangés plus tard contre une rançon.

Il disposa de la même manière des marchandises; il s'en défit dans certains marchés du Levant. Toutefois il réserva un grand nombre d'objets de goût féminin: étoffes de France, dentelles, des pinces, une théière, des guitares et des castagnettes d'Alicante, tous articles volés pour sa fille par le meilleur des pères.

Il réserva aussi un singe, un mâtin de Hollande, une guenon, deux perroquets, une chatte de Perse, ainsi qu'un chien terrier qui avait appartenu à un Anglais. Il fit enfermer toute cette ménagerie dans une cage d'osier.